Un pique-nique à la réunionnaise

Oubliez le jambon-beurre et le paquet de chips. Quand des Réunionnais se retrouvent pour un pique-nique familial, ils sortent l’artillerie lourde en matière de cuisine.Pique-nique-version-reunion

En juin 2015, j’ai participé pour la première fois à un pique-nique réunionnais géant à Paris sous la tour Eiffel. J’ai appris l’existence de l’événement grâce au site Reunionnaisdumonde.com (dont l’agenda est très utile pour les Réunionnais de métropole). Celui du 27 juin 2015, encore organisé par Betty Cerveaux-Mayer, fut très réussi.

Ce jour-là, j’ai pu constater la différence entre « pique-nique » et « pique-nique version Réunion ». Mais ce jour-là, sur les nappes étendues sous le soleil parisien, on trouvait plutôt d’imposants plats et des casseroles contenant riz zembrocal, rougails, gâteaux tison & cie !

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A La Réunion, l’organisation d’un pique-nique familial (une bonne vingtaine de personnes) est très semblable. Les participants jouent les cuistots et viennent chargés de grosses marmites, d’auto-cuiseurs de riz et d’assiettes qui sentent bon la cuisine réunionnaise.

Pour l’occasion (et pour profiter du feu de bois), un plat traditionnel a été préparé : le cari tangue. Les tangues sont des mammifères semblables aux hérissons que l’on trouve en métropole. Cette viande est chère et le braconnage est réglementé. A savourer donc. Encore faut-il en apprécier le goût particulier.

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Ce pique-nique fut l’occasion de constater, une fois de plus, la richesse de la cuisine réunionnaise. Les recettes sont locales, chinoises, indiennes, européennes…

Bien sûr, il y a du riz blanc en grosse quantité. Il y a aussi du riz jaune ainsi que des grains très consommés sur l’île : des haricots blancs avec leur sauce. En entrée, pour une fois, on échappe aux fameux bouchons, mais pas au bonbons piments, aux samoussas et aux croquettes de poulet.

Les choses sérieuses commencent ensuite avec les plats principaux : cari tangues, rougail saucisses, cari poulet, ti’jacques boucané, poulet grillé, rougail bringelles (aubergines), civet de lapin…

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Pour respecter une partie de la tradition, on coupe et lave des feuilles de bananier pour manger (à la main) ou au moins goûter les plats les plus emblématiques.

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Pour se rafraîchir, le frigo est surchargé d’eaux locales. On compte de nombreuses briques de jus (letchi, mangue, goyave…) et plusieurs bouteilles de la très célèbre bière Bourbon, aussi surnommée ici la Dodo (et le slogan célèbre « La Dodo lé la ! »).

On trouve des sodas typiquement réunionnais. La Sega (rien à voir avec la console – « C’est plus fort que toi ») parfum bonbon a un goût indéfinissable et dégage une odeur d’essence. La limonade Cot – ou ses dérivés –  est moins dépaysante, surtout celle au parfum American (et non pas Americana, comme l’album de The Offspring).

Pour les majeurs, outre la bière, il y a des vins, du rhum et du whisky. Le Label 5 est de sortie, mais il reste moins populaire que le Johnnie Walker, whisky le plus consommé sur l’île. En métropole, on boit surtout du Jack Daniels, du Chivas ou du Label 5. Le Johnnie Walker, je le connaissais surtout grâce à Miss Misery, interprétée par feu Elliott Smith.

Et le cari tangues, au fait ? Eh bien, la texture ressemble à celle du poulet. Quant au goût… Mystère. Je dirais « pas mauvais », mais mon avis n’est pas des plus éclairés : ma bouche de Parisien a eu du mal à gérer le piment !

Pour finir ce pique-nique, il fallait bien des desserts. Au menu : gâteau-patate, tarte à la patate douce, crêpes de bananes, gâteau de mariage, pâté créole à la confiture de papaye. Une bonne manière de finir un repas sur une note sucrée.

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En relisant ce petit article, je me sens dans l’obligation de rappeler une chose essentielle : il ne s’agissait pas là d’un repas de Noël, d’un repas de gala ou d’un buffet géant pour un mariage. C’est bel et bien pour un pique-nique que nous avons provoqué cette avalanche de mets créoles. Enfin… un « pique-nique réunionnais ».

La magie du piton de la Fournaise

C’est peut-être l’emblème suprême de l’île de La Réunion. Puisque je (re)découvre mes origines créoles, comment passer à côté du volcan du piton de la Fournaise, l’un des plus actifs au monde ? « Volcan la pété ! », comme on dit ici quand il entre en éruption.

Le piton de la Fournaise, vu depuis l'enclos de la Fournaise. Tôt le matin, la brume est absente et cette partie du volcan est complètement visible.

Le piton de la Fournaise, vu depuis l’enclos de la Fournaise. Tôt le matin, la brume est absente et cette partie du volcan est complètement visible.

 

Souvenir de collège… Année 2000-2001, année de 5ème. La prof de SVT avait consacré un chapitre aux volcans. C’était une prof  impulsive, le verbe haut et n’hésitant pas à secouer durement ses élèves. J’ignore s’il en existe encore des comme ça, aujourd’hui… Bref. La voilà qui nous demande de citer des volcans européens.

Sûr de moi (et content de pouvoir afficher une partie de mes origines), je lève la main et répond : le piton de la Fournaise. Madame monte alors sur ses grands chevaux et s’enflamme : « Gnagnagna, blablabla, j’ai dit EUROPÉEN Nicolas !! ». Je fronce les sourcils et rétorque : « Bah madame, La Réunion, c’est bien un département français, non ? Et la France, c’est bien en Europe ? ».

Je n’ai jamais oublié sa réaction : bouché bée, elle finit par regarder le plafond pour réfléchir à haute voix : « Ah… ah oui, enfin… oui, c’est vrai que… ah oui, bon mais… oui ».

L’esprit rebelle-sale gosse en moi se réjouit encore d’avoir cloué le bec à une prof acariâtre alors que j’avais 12 ans (même si le statut territorial de La Réunion est particulier). Rien que pour faire honneur à ce souvenir, il fallait que j’aille faire un tour près du piton de la Fournaise.

 

Quelle beauté…

 

Plus je (re)découvre La Réunion, plus je tombe sur des endroits magnifiques. Le piton de la Fournaise n’est pas qu’une immense colline avec un trou au milieu qui crache de la lave. C’est toute une région à part, faite de cirques et de falaises. Le temps et les éruptions ont fait leur œuvre, et voir cela de ses yeux est un privilège.

Il faut se lever tôt pour en apprécier la beauté, car dès le milieu de la matinée, la brume s’installe (comme au piton des Neiges). La route en voiture qui mène à l’enclos du volcan est déjà un périple. A mesure que l’on grimpe, les paysages immenses se succèdent. La Rivière des Remparts est à couper le souffle, comme l’immense cirque qui lui succède. De mémoire, je n’avais vu ça que dans des jeux vidéo, style Tomb Raider ou Far Cry 3. Et cela faisait longtemps que je n’avais plus eu le vertige.

 

L'immense Rivière des Remparts. Bluffante.

L’immense Rivière des Remparts. Bluffante.

Un gouffre abyssal le long de la route menant au volcan.

Un gouffre abyssal le long de la route menant au volcan.

Le même gouffre.

Le même gouffre.

Avant d’arriver à l’enclos, on arrive sur une zone lunaire : la Plaine des Sables. Une route cabossée la traverse. Qu’on la surplombe ou qu’on la voit de haut, on se demande vraiment où on est. Sur la Lune ? Dans un désert ? On aurait pu tourner Mad Max ici. A moins d’avoir un 4×4 (et encore), la traversée de la Plaine des Sables permet d’imaginer ce que ressentent nos vêtements quand ils sont dans la machine à laver. Gare au mal des transports.

La Plaine des Sables, vue de haut.

La Plaine des Sables, vue de haut.

La Plaine des Sables, vue du bord de la route.

La Plaine des Sables, vue du bord de la route.

Faire le zouave au milieu d'une route hors du commun constitue un petit plaisir.

Faire le zouave au milieu d’une route hors du commun constitue un petit plaisir.

Arrive enfin l’enclos, point de départ principal des randonneurs. Là encore, le paysage est… non. Je vais encore me répéter : c’est beau, grandiose, magnifique, tout ça… Mieux vaut encore laisser parler les photos. Sachant que des photos, même réussies, ne permettent pas de bien percevoir les lieux.

Une partie du piton de la Fournaise, vue depuis l'enclos.

Une partie du piton de la Fournaise, vue depuis l’enclos.

Paysage autour du piton de la Fournaise. Des traces de brume apparaissent déjà.

Paysage autour du piton de la Fournaise. Des traces de brume apparaissent déjà.

Falaises bordant l'enclos du piton de la Fournaise.

Falaises bordant l’enclos du piton de la Fournaise.

Vue des remparts à descendre pour accéder au bas de l'enclos et marcher autour du volcan.

Vue des remparts à descendre pour accéder au bas de l’enclos et marcher autour du volcan.

Face à un tel spectacle, les émotions se succèdent. On se sent chanceux d’avoir la possibilité d’admirer le piton de la Fournaise qui se dresse devant et le paysage immense qu’il a transformé. On se sent humble aussi : décidément, dame Nature est grande (et c’est un Parisien qui le dit !). On se sent petit, comme écrasé par cette immensité. Pourtant, La Réunion est une petite terre. Une réflexion amusante me vient d’ailleurs en tête face à cet environnement : « On est en France, là ! ». Cela m’amuse car d’ordinaire pour moi, la France, c’est Châtelet-les-Halles, le RER, les voitures, le bitume, les tours de Vigneux-sur-Seine, les avions qui passent par Orly…

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Plusieurs randonnées sont possibles. On peut se rendre jusqu’au volcan ou visiter d’autres lieux. Pour notre groupe, le choix se porte sur le piton Kapor, moins difficile d’accès. La marche n’est pas trop éprouvante (mais gare aux cailloux pour les éclopés comme moi, avec ma guibole fragile). Le sol, rocheux, est fascinant. On marche sur ce qui était avant de la lave en fusion (les panneaux d’avertissements à propos de l’activité du volcan nous le rappellent). C’est plaisant. Les roches sont d’une légèreté surprenante. Elles se cassent facilement. Ça et là, des plantes poussent. On pourrait se demander par quel miracle cela est possible… Mais il m’est resté au moins une chose de ces cours sur les volcans de l’époque collège : la terre volcanique est très fertile. Comme quoi, j’ai quand même retenu au moins un enseignement de ma prof de SVT.

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