A la conquête du piton des Neiges

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L’une des vues depuis le sommet du piton des Neiges, à 3 070 mètres.

C’est un paradoxe bien connu : beaucoup de Réunionnais n’ont jamais gravi le piton des Neiges, comme beaucoup de Parisiens n’ont jamais mis un pied sur la tour Eiffel. Aujourd’hui, je peux revendiquer avoir fait les deux.

Il est moins connu que le volcan du piton de la Fournaise, mais le piton des Neiges (volcan éteint) est le point le plus élevé de l’archipel des Mascareignes. Il culmine à 3 070 mètres. Et la randonnée pour arriver tout là-haut n’a rien d’une petite promenade pépère…

Je l’ai compris en cours de route. Au départ, je pensais m’embarquer pour une randonnée nocturne juste un peu délicate avec trois proches. Et je pensais être plutôt bien armé. Mais un Parisien peut avaler les distances à vélo ou sur un rameur, quand il s’essaye à de la randonnée montagnarde bien corsée, il constate vite que ce n’est pas la même histoire.

L’avantage d’une randonnée de nuit, c’est qu’on ne voit pas à quoi on s’attaque. On s’enfonce dans le noir avec des lumières-frontales, motivés, en se disant qu’à quatre, le défi sera moins compliqué. La solidarité s’avérera être une bonne alliée. Cilaos, charmante commune au centre de l’île, est le point de départ.

 

Sur une place de Cilaos, le nom de la commune écrit avec des sculptures de pierres.

Sur une place de Cilaos, le nom de la commune écrit avec des sculptures de pierres.

La première moitié de la randonnée se fait en milieu boisé. D’entrée, ça grimpe. On a l’impression d’enchaîner les escaliers à marches hautes. Sur le chemin, l’attention s’attarde sur les « barbes de grands-pères », les « barbapapas » ou encore les « barbes de père Noël » : il s’agit d’une sorte de lichen qui envahit les arbres et les feuilles. Ils sont un peu élastiques, c’est surprenant.

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« Barbes de grands-pères » accrochés aux arbres dans la forêt qui mène au sommet du piton des Neiges.

On croise aussi des tangues, un animal proche du hérisson et qui se mange en cari. Ce qui me ramène à un dicton créole prononcé par un cousin pour m’accueillir à La Réunion : « Te voilà sur le plancher des tangues ».

A mi-parcours environ, une halte – très bienvenue – est possible dans un gîte. Certains ont choisi d’y dormir et d’en repartir en pleine nuit pour assister au lever du soleil depuis le sommet. Après le gîte, la suite du parcours est 100% rocheuse. On se motive en regardant le ciel étoilé et les lumières lointaines des villes de La Réunion qui apparaissent à mesure qu’on s’approche du point culminant du piton des Neiges (précision : il n’y a pas de neige au sommet).

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Le gîte, modeste mais salvateur.

Les premières lueurs du jour percent vers 4h30 du matin. Le sommet n’est plus très loin, mais devant un tel spectacle, on traîne volontiers. Après un lever de soleil depuis une plage, le même moment vécu du sommet de La Réunion est indescriptible.

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L’ultime partie de la montée est moins compliquée : le sol rocheux laisse place à de la terre sèche et des petits cailloux. On se croirait sur Mars, telle que cet astre est représenté : un peu rougeâtre, parsemé de cailloux… Différence notable : quelques brins de végétation parviennent à voir le jour tout de même.

 

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Le royaume des cailloux volcaniques.

Au petit matin, il y a du monde sur le toit du piton des Neiges. Et pour cause : la brume n’a pas encore envahie le ciel (mais ça ne tardera pas). D’ici, on peut admirer un panorama splendide. On a alors du mal à se dire que La Réunion est une petite île. De là, elle paraît tellement grande.

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Une fois tous ces instants immortalisés, il faut redescendre. Et là… Là, on rigole de moins en moins.

La descente est moins fatigante côté cardio-pulmonaire, mais elle est tout de même plus difficile car la fatigue et le manque de sommeil font leur effet. Il faut aussi contrôler sa marche pour ne pas partir en avant ou trébucher. Les articulations sifflent. Les doigts de pieds cognent durement à l’avant des chaussures. Et quand on est diminué (une cheville en vrac depuis longtemps suite à une grave entorse mal guérie), l’exercice est encore plus périlleux et douloureux. Dernière difficulté : les pieds de citadins, plus habitués au bitume et aux baskets qu’aux gros cailloux et aux chaussures de randonnée, souffrent beaucoup.

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La végétation invisible de nuit apparaît au grand jour.

Au cours de la descente, on découvre que la nuit cachait à nos yeux des plantes, des falaises, et même un fin cours d’eau. La brume tombe à une vitesse impressionnante, comme activée par un grand brasier. C’est beau, mais la souffrance physique commence à prendre le pas. La dernière heure de marche est un calvaire pour les pieds surtout.

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La brume tombe vite sur le piton des Neiges. Comme si une grosse cheminée crachait d’immenses nuages de fumée.

On se focalise alors sur le positif : on l’a fait ! Et bientôt, les pieds seront libérés de ces chaussures, les membres blessés seront au repos, une bonne douche soulagera les maux et le sommeil réparera l’organisme.

Que retenir ? Gravir le piton des Neiges est un petit exploit pour les néophytes de la marche en montagne. Ceux plus habitués à la grimpette le verront comme une bonne sortie sportive. Petit conseil : se munir de bâtons de montagnes. Des randonneurs nous l’ont confirmé : c’est moins dur avec cet équipement.

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Just do it.

Faire l’aller-retour d’un trait entre Cilaos et le sommet du Piton des Neiges est une grosse satisfaction, mais il faut bien se mettre en tête que si on est pas habitué à ce genre d’exercice, ce sera difficile. Dans notre groupe, on a recensé un genou méchamment tordu, une cheville bien molestée, plusieurs chutes, quelques plaies bénignes, et beaucoup de fatigue à la fin. Mais franchement, ça en vaut la peine.

Clin d’oeil sympa : à l’aller comme au retour, le chemin est balisé avec de la peinture blanche sur les rochers. Sur certains figurent des messages d’encouragement : « Encore 1h30 😉 », « Courage ! », « C’est plus facile en descendant »…

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Petite pensée philosophique pour se donner du baume au coeur.

Ah, et dernier truc qui est évident mais qu’il faut quand même rappeler : décidément, La Réunion, c’est vraiment beau.
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